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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 20:55

L'instruction de l'affaire Guermah

Sept jours après l'exécution du jeune Guermah Massinissa,

les autorités militaires annoncaient la mise sous mandat de

dépôt de Mestari Merabet, le gendarme coupable. Il a été

déféré devant le tribunal militaire de Blida pour "infraction

aux consignes et homicide involontaire". Pourtant, le

témoignage de Koceila Merakeb, qui a été arrêté avec

Massinissa, est plus qu'éloquent : "Le gendarme (Mestari

Merabet) s'avance, son kalachnikov sur l'épaule. C'est alors

qu'une première rafale résonne comme un bruit de tonnerre

dans la salle d'attente. Deux balles ricochent sur le sol alors

que la troisième atteint au pied un gendarme se trouvant à

proximité. Merabet dirige ensuite son arme sur Massinissa.

Le doigt sur la détente, il lâche une seconde rafale"23 . Malgré

ce témoignage devant le Procureur du tribunal militaire de

Blida, à ce jour, le procès n'a pas encore eu lieu.

Algérie : La répression du Printemps Noir (avril 2001 - avril 2002)

Notes :

22. APS : Agence Presse Service. Agence officielle de presse.

23. Témoignage extrait de Vous ne pouvez pas nous tuer, nous sommes déjà morts, Farid Allilat, Paris, 2002.

L A D D H / P A G E 1 0

1) Interdictions et répression des manifestations pacifiques

Le 14 mars 2002, deux jours après l'annonce du Président

Bouteflika sur la nécessité de "rétablir le calme et l'ordre

public avec tous les moyens légaux que confère la loi",

plusieurs dizaines de personnes, dont des responsables et

élus nationaux du Front des Forces Socialistes (FFS) ont été

arrêtés et tabassés par les forces de l'ordre à Alger suite à la

marche pacifique à laquelle le FFS a appelé. Lors de cette

marche des journalistes et photographes ont été empêchés

par la force d'exercer leur métier : appareils photos

confisqués, journalistes arrêtés et mal traités. Dans la wilaya

de Béjaïa, à Akbou presque au même moment un meeting a

été réprimé par les forces de l'ordre. A Béjaïa-ville, un sit-in,

devant le tribunal, "pour libérer des détenus" de Béjaïa a été

lui aussi réprimé et cinq de ses animateurs ont été

emprisonnés provoquant ainsi des émeutes.

Le lundi 18 mars 2002, c'est autour des familles de

disparu(e)s de subir la répression des forces de l'ordre. Une

délégation des familles de disparu(e)s a été arrêtée à côté de

la représentation de l'ONU en Algérie alors qu'elle était invitée

par le représentant de l'ONU en Algérie pour une rencontre.

Depuis, aucune manifestation pacifique n'est tolérée. C'est

ainsi que le 24 mars 2002, des manifestations de

contestation sociale empêchées par les autorités se sont

transformées en émeutes à Saïda et Aïn Defla, dans l'Ouest

du pays, faisant des blessés et plusieurs arrestations, alors

qu'une marche des commerçants de Tizi-Ouzou a été

violemment dispersée.

Plusieurs marches pacifiques à l'appel des "comités de

villages" dans les wilayates de Béjaïa, Bouira et Tizi-Ouzou

pour demander la libération des "détenus politiques" ont

toutes été réprimées par les forces de l'ordre, faisant plus de

350 blessés et des centaines d'arrestations suivies de

passages à tabac, dont certains dans un état grave.

2) Expéditions punitives, représailles, pillages et vols

La presse algérienne rapporte que dès le 15 mars 2002, les

villes de Tizi Rached et Azazga ont été assiégées par des

gendarmes qui y ont mené des expéditions punitives. Des

consommateurs ont été brutalisés par des gendarmes à

l'intérieur de certains cafés alors que les passants étaient

pris à partie. Des stèles érigées à la mémoire des martyrs du

Printemps Noir ont été saccagées par les mêmes gendarmes,

ce qui a provoqué l'indignation de nombreux citoyens24.

Le 17 mars 2002, à Fréha (Tizi-Ouzou), le jeune Amrar

Djamel, un ouvrier âgé de 27 ans, s'est présenté au bureau

de la LADDH à Tizi-Ouzou pour témoigner de la descente

punitive des gendarmes de Fréha : "Vers 18 h 30 à l'entrée de

la ville, je suis tombé nez à nez avec les renforts dépêchés sur

les lieux. Sept gendarmes sont descendus des fourgons et

s'en sont pris aux passants sans aucune distinction. J'ai tenté

de fuir, mais ils m'ont vite rattrapé. À coups de couteau - que

je crois être des baïonnettes -, ils m'ont blessé à la tête, aux

fesses, aux mains et aux cuisses, pour ensuite me délester de

la totalité de ma paie (10 000 DA, environ 1000 FF)". À

Larbaâ Nath Irathen, les gendarmes ont défoncé la porte du

Centre Culturel massacrant les occupants, notamment de

jeunes filles pour ensuite saccager les lieux.

Le 21 mars 2002, à Chemini du côté de Bejaïa, même scénario :

saccages de véhicules et de locaux commerciaux, violations de

domiciles, guet-apens nocturnes aux alentours de la brigade

pour tabasser les passants. D'autres ont été ciblés et blessés

par balles en caoutchouc et bombes lacrymogènes.

À Tigzirt, suite à une expédition punitive lancée par des

"gendarmes" munis de poignards, baïonnettes et haches à la

poursuite de manifestants de la ville, le 1er avril 2002, trois

jeunes ont été gravement blessés par arme blanche, dont le

jeune Tounsi Djamel qui succombera à ses blessures25. Le

commandement de la gendarmerie nationale se défend en

affirmant que les gendarmes ont utilisé "les moyens de

maintien de l'ordre" et que, acculés par des manifestants qui

se sont attaqués à la brigade avec des pierres et des cocktails

Molotov. C'est suite à cela, qu'"un escadron" est intervenu

pour disperser les manifestants, sans préciser de quel genre

d'escadron il s'agissait. Le témoin principal parlait

d'"escadrons de la mort" habillés en "tenues militaires non

réglementaire". De son côté, le journal Le Soir d'Algérie du 4

avril 2002, donnait l'information en mentionnant que des

"éléments du Groupe d'Intervention Spécial (GIS), des

troupes spéciales anti-terroristes" avaient semé la terreur à

Tigzirt. D'autres descentes punitives effectuées par des

gendarmes, des policiers ou, dans le cas de Tigzirt des

éléments du GIS, ont été signalées un peu partout dans les

différents villages et villes de Kabylie.

Algérie : La répression du Printemps Noir (avril 2001 - avril 2002)

La répression des manifestations de mars 2002

Notes :

24. Liberté du 16 mars 2002.

25. Voir témoignage annexe 3.

L A D D H / P A G E 1 1

3) Manifestations réprimées dans le sang

Suite à la répression des manifestations du 14 mars 2002,

plusieurs villages et villes de Kabylie ont versé dans l'émeute.

Les forces de l'ordre de leur côté, ont réprimé sauvagement,

faisant sept morts.

Le jeudi 21 mars 2002, le jeune Yacine Bettar26, 17 ans, a été

victime d'un sniper dans la commune de Chemini à Béjaïa,

alors que Bouzid Oudène, 23 ans du même village, a été

victime d'un traumatisme crânien certainement dû à une

bombe lacrymogène ou à une balle en caoutchouc. Durant

ces émeutes, on a compté des dizaines de blessés par balles

réelles, par des balles en caoutchouc ou par des bombes

lacrymogènes ciblant les manifestants à la tête. Ce fut le cas

notamment du jeune Rachid Belahcen, 14 ans, mort à

Seddouk, après avoir été atteint d'une bombe lacrymogène

en pleine tête. À Melbou, El Kseur et Souk El Thenin du côté

de Béjaïa, 3 personnes ont été blessées par balles, dont un

adolescent de 15 ans. À l'hôpital de Tizi-Ouzou, il y a eu, en

dix jours, 200 admissions de blessés dus aux bombes

lacrymogènes, balles en caoutchouc, balles réelles et aux

passages à tabac. Ce fut notamment le cas du jeune Rihane

Mohamed, âgé de 18 ans, mort suite à une hémorragie

cérébrale, le 27 mars 2002, après avoir été roué de coups de

matraques par les gendarmes à Fréha. La plupart des blessés

enregistrés dans les hôpitaux de Béjaïa et de Tizi-Ouzou ont

entre 14 ans et 22 ans.

4) Arrestations massives et condamnations

Une grande campagne d'arrestations a été lancée par les

forces de sécurité. On compte plus de 350 arrestations, dont

une trentaine de mineurs. Ces arrestations se sont faites de

nuit comme de jour, avec des voitures banalisées, sous forme

de rafles.

À Tizi-Ouzou, les forces de l'ordre munies d'une liste de noms,

investissent le bureau du comité local, et arrêtent une

trentaine de personnes sans distinction, à l'intérieur comme

à l'extérieur du bureau.

À Béjaïa, plus de 90 arrestations ont eu lieu entre le 15 et le

27 mars 2002, parmi lesquels une quinzaine d'adolescents,

qui ont été gardés dans les mêmes cellules que celles des

adultes. Ils n'ont pu donner signe de vie à leur proche que

trois jours après.

Plusieurs personnes arrêtées et en attente de leur procès, ont

entamé des grèves de la faim à l'intérieur des prisons. À

Bouira, sur les vingt responsables arrêtés, six ont entamé, le

27 mars 2002, une grève de la faim et seraient actuellement

dans un état critique. Les visites leur sont interdites et leur

affaire est en instruction auprès du juge de la 2e chambre du

tribunal de Bouira. Poursuivis pour "attroupement illicite,

destruction de biens publics, incitation à l'émeute,

accaparement illégal des biens publics, perturbation de la

circulation et de la liberté de passage, affichage et diffusion

de publications subversives, etc", ils seront jugés en vertu des

articles 87 bis, 87 bis 1, 96, 97, 98, et 400 du code pénal.

Plus de 200 responsables de comités de villagessont déjà

sous les verrous alors qu'il y aurait, d'après leur avocat, plus

de 400 mandats d'arrêt lancés contre eux. Pour certains, ce

ne sont pas moins de 19 chefs d'inculpation qui ont été

retenus contre eux. Déjà, les premières condamnations de

manifestants portent sur 4 mois à 2 ans de prison ferme,

comme c'est le cas à Saïda et Béjaïa.

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Published by Madjid - dans LADDH
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